L'évolution de l'agriculture durable au Canada : bâtir sur nos réussites

Au cours des 20 dernières années, les producteurs canadiens ont apporté des améliorations notables aux pratiques de gestion environnementale, notamment en ce qui concerne la santé des sols, la séquestration du carbone et les pratiques visant à améliorer l'efficacité d'utilisation des intrants. Ils ont également augmenté leur production tout en maintenant leurs niveaux d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Le secteur a directement bénéficié des actions prises pour protéger l'environnement. Ces actions ont été observées dans des exploitations agricoles au travers du Canada grâce à l'adoption de pratiques innovantes et durables.

L'agriculture canadienne est durable et résiliente à bien des égards

La multitude de pratiques durable utilisées au Canada reflète la diversité des sols du pays et des conditions régionales sur lesquels repose notre agriculture. Dans l’Ouest, l’utilisation généralisée du semis direct a amélioré la capacité des sols à retenir l’humidité et a contribué à rendre notre production alimentaire plus résiliente face à la sécheresse. Dans l’Est du Canada, les agriculteurs ont recours au travail minimal du sol qui laisse des résidus de culture à la surface du sol, ainsi qu’à des cultures de couverture et à des cultures compagnes, pour protéger et augmenter la teneur en matière organique du sol dans un environnement où l’eau peut être en excès.

Deux mains en coupe tenant de la terre.

Des sols en santé qui stockent le carbone

Les sols agricoles du Canada étaient une source nette de carbone en 1981 (émettant 1,2 mégatonne de CO2), mais ils sont devenus un puits de carbone dans les années 1990. Depuis lors, bien que la séquestration du carbone dans le sol varie d’une région et d’une année à l’autre, les sols agricoles du Canada constituent généralement un puits de carbone net annuel, enlevant 50 mégatonnes de CO2  au cours des cinq dernières années. Le recours à des pratiques favorables à la santé des sols par les producteurs à l’échelle du pays s’est révélé très efficace pour stocker le carbone, en particulier dans les Prairies, qui ont contribué de manière considérable à ce changement.

L'agriculture biologique comme levier de durabilité

L'agriculture biologique est bénéfique pour les sols, l’eau et la biodiversité, et peut être rentable à long terme en raison de la réduction d’utilisation d’intrants et des prix plus avantageux, malgré des rendements souvent plus faibles. Au cours des dernières décennies, la proportion des exploitations agricoles déclarant se livrer à l’agriculture biologique a augmenté de manière constante, avec une hausse de 200 % entre 2001 et 2021. L’industrie des fruits et des légumes a ouvert la voie, avec 7,2 % des exploitations agricoles qui produisent désormais des produits biologiques, tandis que le secteur des grandes cultures et du bétail est en tête pour ce qui est des superficies certifiées. Le Québec arrive au premier rang pour le nombre de fermes biologiques, et la Saskatchewan arrive au premier rang pour la superficie totale certifiée.

Augmentation de l'énergie renouvelable

Photo d’un digesteur anaérobie au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Plus des trois quarts des fermes au Canada ayant déclaré produire de l’énergie renouvelable en 2021 utilisaient cette énergie sur leur exploitation, alors que le nombre de fermes productrices d’énergie a doublé entre 2016 et 2021. Aujourd’hui, plus de 10 % des exploitations produisent de l’énergie renouvelable. Cela comprend le secteur canadien de la bioénergie, qui est en pleine croissance, où l’agriculture, la foresterie et les municipalités fournissent plus de 6 % de la production totale d’énergie primaire du pays. Certains systèmes d’énergie renouvelable utilisent les déchets alimentaires et les restes de matières agricoles (p. ex., du fumier et des résidus de culture) pour produire de l’électricité et de la chaleur destinées à être utilisées dans les exploitations agricoles. Certains producteurs et transformateurs alimentaires vendent du biogaz qui a été converti en gaz naturel renouvelable ce qui contribue à réduire les émissions du réseau de gaz naturel.

Produire plus avec moins

Au cours des 25 dernières années, les producteurs canadiens ont démontré leur capacité à produire plus d’aliments tout en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Et ils continuent de travailler dans ce sens. Si l’on tient compte de l’inflation, le PIB du secteur agricole canadien a augmenté davantage que les émissions nettes de GES d’origine agricole entre 1997 et 2024. L’augmentation notable de l’application de précision des intrants agricoles et de l’utilisation de variétés résistantes à la sécheresse et aux maladies témoigne de la volonté des producteurs d’optimiser leur utilisation des intrants tout en maintenant les rendements ainsi qu’en réduisant les coûts et les risques environnementaux. Les pratiques comprennent l’épandage d’engrais en bande, l’utilisation de la technologie GPS et la réalisation de plus d’analyses de sol.

Travailler avec la nature

La diversité des paysages agricoles aide à maintenir des écosystèmes uniques pour les espèces indigènes du Canada et contribue à une plus grande résilience face aux aléas du climat et aux pressions associées par les ravageurs. Au cours des 20 dernières années, le pourcentage d’exploitations agricoles se dotant de bandes riveraines et de haies brise-vent a augmenté. Les prairies, les pâturages, et les champs de foin utilisés pour nourrir le bétail fournissent un habitat à près des trois quarts des vertébrés terrestres associés aux terres agricoles du Canada. Cependant, les terres qui leur sont consacrées ont diminué progressivement au cours des dernières décennies, ce qui met en évidence le rôle joué par les éleveurs de bétail dans la préservation de ces paysages. Cet apport est particulièrement marqué dans les Prairies, où les pratiques de gestion durable des pâturages contribuent à soutenir ce qui reste de cet écosystème menacé à l’échelle mondiale.

Protection des ressources hydriques

Un ruisseau traversant des terres agricoles à côté d’un   
champ de culture.

Les pratiques permettant d'utiliser les intrants de manière plus ciblée et de préserver la couverture végétale des sols ont aidé à atténuer le risque d’érosion et de ruissellement dans les rivières et les ruisseaux. Une meilleure gestion du fumier et des nutriments, ainsi que l’éloignement du bétail des cours d’eau, ont également contribué à améliorer la qualité de l’eau. La majorité des fermes au Canada maintiennent une bande riveraine autour des cours d’eau et des terres humides permanents (74 % des fermes de grandes cultures), mais les cours d’eau et terres humides saisonniers (marais, cuvettes, etc.), qui n’ont de l’eau qu’une partie de la saison, sont moins susceptibles d’avoir des zones tampons et peuvent être cultivées lors des années sèches.

Mobilisation de l'ensemble de la chaîne de valeur

Parallèlement aux mesures prises dans les exploitations agricoles, le secteur s’est mobilisé pour concevoir des outils afin d’appuyer la durabilité de l’ensemble de l’industrie. Au cours des 20 dernières années, on a assisté à la croissance et à la diversification des initiatives menées par la chaîne de valeur, comme des engagements ambitieux en matière de durabilité et de réduction des émissions de GES, et la mise en place de systèmes d’assurance et d’indicateurs pour mesurer leurs progrès. Des mécanismes financiers soutenus par la chaîne de valeur ont aussi été mis en place pour soutenir les agriculteurs à protéger et à améliorer les services écosystémiques fournis par leurs terres. Les producteurs, les transformateurs et les détaillants se sont également réunis pour élaborer des certifications durables, dont la certification biologique qui a permis le commerce de produits biologiques avec plus de 25 pays depuis l’introduction du Règlement sur les produits biologiques à l’échelle nationale en 2009.

Amélioration continue pour relever les défis et saisir les opportunités

Au cours des 20 dernières années, le Canada a réalisé d’importants progrès en matière d’agriculture durable, mais il reste encore beaucoup à faire. Chaque type d’agriculture comporte des opportunités et des défis qui lui sont propres, et les facteurs économiques continuent d’influencer les décisions prises dans les fermes. Au Canada, les terres en cultures annuelles sont en hausse, souvent au détriment des prairies, des pâturages et des champs de foin. Ceux-ci nécessitent davantage d’intrants, offrent moins d’habitats propices à la biodiversité et peuvent laisser les sols à nu. L’utilisation du semis direct et du travail réduit du sol a été essentielle pour protéger les sols, stocker le carbone et retenir l’humidité afin de lutter contre les sécheresses de plus en plus fréquentes. Toutefois, ces pratiques ont aussi eu pour effet d’augmenter l’utilisation d’herbicides pour gérer les mauvaises herbes. Les stratégies visant à réduire le ruissellement, le lessivage et la dérive de ces intrants, telles que l’agriculture de précision, les bandes riveraines et les haies brise-vent, contribuent ainsi à protéger la qualité de l’eau et à favoriser la biodiversité.

Adaptation à un monde en constante évolution

Une chercheuse qui regarde au microscope.

Les économies mondiales en mouvement, les relations commerciales changeantes, les marchés mondiaux et les effets du climat continueront de façonner l’agriculture au Canada. Les producteurs se sont toujours adaptés aux nouveaux défis. Ils continuent de chercher de nouvelles solutions en utilisant les dernières technologies et connaissances à leur disposition pour améliorer la productivité, préserver les ressources dont ils dépendent et bien gagner leur vie, tout en assurant une industrie forte. La recherche et l’innovation continueront de faire progresser les connaissances et d’améliorer nos pratiques. Grâce à la collaboration, le secteur agricole et alimentaire du Canada continuera de bâtir sur ses réussites pour relever les défis d’aujourd’hui et de demain, demeurer productif, compétitif et soutenir des écosystèmes agricoles en santé qui nourrissent les gens d’ici et d’ailleurs.

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