Utilisation des terres agricoles

Table des matières

L’utilisation des terres agricoles au Canada : pourquoi est-ce important?

Les décisions relatives à l’utilisation des terres agricoles peuvent influer considérablement sur la qualité des sols (matière organique du sol, érosion du sol, salinisation des sols, couverture du sol), la qualité de l’eau (contamination par l’azote, les pesticides, le phosphore et les coliformes), la qualité de l’air (particules, ammoniac, émissions de gaz à effet de serre) et les habitats fauniques. Elles peuvent avoir des incidences sur l’environnement, la durabilité des ressources et le secteur agricole. La durabilité des ressources dépend de l’utilisation généralisée de pratiques de gestion qui empêchent ou réduisent la dégradation du sol, de l’eau, de l’air et de la terre.

Il est essentiel d’avoir accès à des données fiables et à long terme sur les tendances d’utilisation des terres agricoles et des pratiques de gestion pour évaluer les changements dans l’environnement agricole et la durabilité des ressources. La compréhension des changements d’utilisation des terres peut également aider à anticiper les changements qui ont trait à d’autres indicateurs de durabilité. Cela est important pour comprendre les risques posés par les pratiques utilisées, les possibilités de mise au point de meilleures pratiques, d’élaboration de politiques et de programmes afin de promouvoir et soutenir une agriculture durable.

Le gouvernement du Canada doit présenter un rapport sur l’utilisation des terres agricoles tous les cinq ans. Grâce à ces données, le public peut prendre connaissance de l’état de santé des terres agricoles au Canada et des endroits où les pratiques agricoles pourraient être améliorées.

Comment l’utilisation des terres agricoles impacte-t-elle l’environnement et la durabilité des ressources?

Un certain nombre de facteurs influencent les décisions des producteurs quant à l’utilisation des terres agricoles, notamment la consolidation des fermes, l’intensification de l’agriculture, les changements de préférences des consommateurs, l’évolution des débouchés et des obstacles à l’accès aux marchés. Ces facteurs peuvent avoir des incidences sur l’utilisation des terres agricoles au Canada. Il est possible de mesurer leur utilisation en quantifiant et en distinguant quatre grandes catégories de pratiques agricoles : les types d’utilisation des terres, les types de pratiques culturales, les types de travail du sol et les types de gestion du bétail. Chacune de ces catégories peut poser des risques environnementaux différents. Les renseignements relatifs à ces pratiques proviennent du Recensement de l’agriculture et des données d’observation de la Terre (par exemple, imagerie satellitaire).

Utilisation des terres agricoles

  • Terres en culture (grandes cultures, cultures fourragères, légumes, fruits et petits fruits, gazon et pépinières, arbres de Noël)
  • Jachères
  • Pâturages (pâturage amélioré, parcours)
  • Autres types de terrain (boisés, érablières, brise-vent, marais, tourbières, étangs et marécages, terres en friche, terres avec bâtiments agricoles, basses-cours, chemins et potagers)

Systèmes de culture

  • Céréales (blé, orge, avoine, céréales mélangées)
  • Oléagineux (canola, soja, moutarde, lin, carthame, tournesol)
  • Maïs (maïs-grain, maïs-ensilage)
  • Pommes de terre
  • Légumineuses (haricots, soja, lentilles et pois)
  • Plantes fourragères (luzerne, foin cultivé, semences fourragères)
  • Autres cultures (par exemple, betterave sucrière, légumes, fruits, raisins, petits fruits)

Types de travail du sol

  • Labour classique (travail du sol intensif). Pratique consistant à retourner les 15 à 20 premiers centimètres de sol (6 à 8 pouces), à enterrer les résidus végétaux et à exposer le sol, puis à effectuer des opérations de travail du sol secondaires pour briser les mottes et préparer un lit de semence lisse et régulier.
  • Travail de conservation du sol (travail réduit du sol). Pratique consistant à briser la surface du sol sans le retourner et à éliminer les mauvaises herbes. La plupart des résidus végétaux sont conservés à la surface du sol.
  • Semis direct. Pratique où le sol n’est pas travaillé après la récolte ni au cours de l’implantation de la culture suivante. Tous les résidus végétaux restent à la surface du sol.
  • Jachère où la terre n’est pas ensemencée pendant une saison de végétation et où les mauvaises herbes sont éliminées uniquement par travail du sol. Pratique traditionnelle comprenant un labour périodique de la terre durant la saison de végétation afin d’enfouir les résidus de culture.
  • Jachère où la terre n’est pas ensemencée durant la saison de végétation et où les mauvaises herbes sont maîtrisées au moyen de produits chimiques et de diverses opérations de travail du sol. Pratique impliquant, soit une réduction de la fréquence du travail du sol, soit uniquement des interventions localisées de travail du sol.
  • Jachère où la terre cultivée n’est pas ensemencée durant la saison de végétation et où les mauvaises herbes sont maîtrisées uniquement au moyen de produits chimiques. Pratique sans travail du sol, aussi appelée jachère chimique.

Systèmes d’élevage

Trois facteurs principaux ont servi à déterminer l’incidence des systèmes d’élevage sur les risques environnementaux :

  • Le nombre d’élevages et leur emplacement géographique
  • L’espèce animale élevée et le nombre de têtes de bétail (bovins laitiers, bovins de boucherie, porcs, volailles, moutons, chèvres) sur ces fermes
  • Changements dans le temps

Les types de culture et d’élevage sont étroitement liés, car les systèmes culturaux adoptés par de nombreuses fermes sont dictés par les exigences alimentaires du bétail et de gestion de leur fumier. De plus, l’efficacité de production atteinte localement dans certaines cultures favorise le développement de systèmes d’élevage particuliers. Cette relation entre l’utilisation des terres agricoles et le type d’élevage a des conséquences importantes sur l’évaluation et l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, de l’érosion du sol, de la contamination des eaux de surface et des eaux souterraines, de l’appauvrissement du sol en carbone et de la dégradation de la qualité de l’air.

Par exemple, une augmentation de la superficie en cultures annuelles avec semis direct ou une augmentation de la superficie en foin, en pâturage ou en d’autres cultures pérennes peut réduire le risque d’érosion du sol et améliorer la santé du sol. D’autre part, l’augmentation de la superficie en cultures annuelles avec labour classique ou sans mesures de réduction de l’érosion accroît le risque d’érosion du sol et réduit la santé du sol. De même, des changements au niveau du nombre de têtes de bétail, des espèces animales et de l’emplacement géographique des troupeaux peuvent impacter considérablement la qualité de l’air, du sol et de l’eau.

Dans certains cas, une intensification de la production peut être néfaste pour l’environnement. Toutefois, au cours des dernières décennies, la gestion de l’environnement s’est améliorée en agriculture. Parmi les améliorations observées, mentionnons l’adoption spectaculaire du travail de conservation du sol et du semis direct et le délaissement progressif du labour classique, la diminution généralisée de la mise en jachère des terres et la diminution des cheptels bovins (bovins laitiers et de boucherie).

Utilisation des terres agricoles au Canada : état actuel et changements dans le temps

Utilisation des terres

Selon le Recensement de l’agriculture de 2021, la superficie agricole au Canada totalisait environ 62,2 millions d’hectares. La Saskatchewan détenait la plus grande part des terres agricoles (40,1 %), tandis que Terre-Neuve-et-Labrador en détenait la plus petite part (0,08 %). 

Les terres en culture sont demeurées la principale catégorie d’utilisation des terres, représentant 57,6 % des terres agricoles (37,1 millions d’hectares), bien que ces données constituent une légère baisse par rapport à 2016. Les tendances à long terme montrent que les terres en culture et les pâturages artificiels ont augmenté de façon constante depuis 1921, tandis que les jachères ont considérablement diminué grâce à des pratiques durables telles que l’agriculture sans travail du sol et la rotation des cultures. 

En 2021, le déclin à long terme des jachères s’est poursuivi, seulement 534 157 hectares ayant été déclarés pour cette année. Cette réduction est largement attribuée à l’adoption de l’agriculture sans travail du sol et à la lutte contre les mauvaises herbes à l’aide d’herbicides, qui améliorent la rétention de l’humidité dans le sol, réduisent l’érosion et diminuent la consommation de carburant.

Tendances en matière de productions végétales

Les exploitations produisant des oléagineux et des céréales restent dominantes au Canada, représentant 34,3 % des exploitations agricoles et 82,7 % de la superficie agricole totale, tandis que les élevages de bovins représentent 20,9 % des exploitations agricoles. 

Le blé demeure la culture la plus répandue, couvrant 9,5 millions d’hectares en 2021, contre 9,0 millions d’hectares en 2016. Le canola reste une culture oléagineuse clé, mais la superficie qui y est consacrée a diminué, passant de 9,2 millions d’hectares en 2016 à 8,6 millions d’hectares en 2021. Le maïs et le soja ont maintenu une forte présence en Ontario et au Québec, la superficie consacrée au maïs ayant légèrement augmenté pour atteindre 1,5 million d’hectares, tandis que celle consacrée au soja a diminué pour s’établir à 2,1 millions d’hectares (contre 2,3 millions d’hectares en 2016). 

La superficie consacrée aux cultures de légumineuses telles que les lentilles et les pois a connu une légère baisse : celle des lentilles est passée à 1,8 million d’hectares (contre 2,3 millions d’hectares en 2016) et celle des pois à 1,5 million d’hectares (contre 1,7 million d’hectares en 2016).

Production des grandes cultures en 2024

En 2024, les tendances en matière de production affichent des changements dynamiques :

  • La production de blé a augmenté de 6,1 % pour atteindre 35,0 millions de tonnes métriques grâce à la hausse de la production de blé dur (+43,6 %).
  • La production de canola a diminué de 7,0 % pour s’établir à 17,8 millions de tonnes métriques en raison de rendements moindres et d’une superficie réduite.
  • La production de maïs-grain a légèrement diminué pour s’établir à 15,3 millions de tonnes métriques, tandis que la production de soja a augmenté de 8,4 % à l’échelle nationale pour atteindre 7,6 millions de tonnes métriques.
  • La production d’orge a chuté de 8,6 %, tandis que celle de l’avoine a bondi de 27 % pour atteindre 3,4 millions de tonnes métriques.

Ces variations reflètent la capacité d’adaptation de l’agriculture canadienne aux conditions du marché, à la technologie et au climat.

Cultures fourragères et pâturages

Entre 2016 et 2021, la superficie consacrée aux pâturages artificiels ou ensemencés a diminué de 4,1 %, tandis que celle des pâturages naturels a légèrement augmenté (+0,6 %). La superficie totale consacrée au foin et aux grandes cultures a légèrement augmenté (+0,3 %) pour atteindre 92,9 millions d’acres. L’Alberta et la Saskatchewan demeurent les principaux producteurs de fourrages, la luzerne et d’autres cultures fourragères étant largement cultivées dans les provinces des Prairies. L’Ontario et le Québec consacrent également d’importantes superficies aux cultures fourragères afin d’approvisionner les industries laitière et bovine.

Pratiques de travail du sol

L’adoption de l’agriculture sans travail du sol a continué d’augmenter, atteignant 67 % des exploitations agricoles en 2021 (contre 59 % en 2016 et 6 % en 1991). Les pratiques sans travail du sol sont plus courantes au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta compte tenu des avantages qu’elles procurent, notamment une meilleure rétention de l’humidité, une réduction de l’érosion et une diminution des coûts de carburant. Le travail de conservation du sol continue d’être utilisé lorsque l’accumulation de résidus en surface est un problème.

Tendances en matière d’élevage

L’élevage de bovins et l’agriculture représentaient 23,5 % de toutes les exploitations agricoles en 2021, les provinces des Prairies détenant plus de 80 % des bovins de boucherie. À elle seule, l’Alberta comptait environ 1,4 million de bovins d’engraissement, soit plus que toutes les autres provinces réunies.

Le nombre d’exploitations agricoles déclarant élever des bovins de boucherie a diminué de 10,2 % entre 2016 et 2021, et le nombre de bovins de boucherie a diminué de 3,1 %. Le nombre de fermes laitières a diminué de 12,1 % et le nombre de vaches laitières a chuté de 2,8 %, mais la production laitière a augmenté de 7,5 %, ce qui reflète un phénomène de regroupement. Le nombre de porcs est passé de 14,1 millions en 2016 à 14,8 millions en 2021, et les élevages de volailles ont augmenté de 16,3 %.

Intensité d’utilisation des terres agricoles

L’intensité de l’agriculture, mesurée comme le rapport entre les terres en culture et la superficie agricole totale, a considérablement augmenté entre 1981 et 2021, en particulier dans les régions des Plaines à forêts mixtes et des Prairies. Cette tendance est liée au déclin des jachères et à la conversion des pâturages et des terres inutilisées en cultures annuelles. Les progrès technologiques, les stratégies d’adaptation aux changements climatiques et les prix élevés des matières premières sur les marchés mondiaux ont favorisé cette intensification, qui concentre souvent la production sur des sols adaptés à l’environnement, ce qui permet d’équilibrer productivité et durabilité.