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Vous êtes ce que vous mangez. Votre corps est un temple. Le déjeuner des champions. Nous avons tous entendu les clichés en matière de santé humaine, mais s’appliquent-ils également aux bovins?
Il s’avère que oui. Les scientifiques d’AAC étudient la nutrition des ruminants afin d’optimiser la production de bovins en santé.
La majeure partie des bovins canadiens, soit 84 %, sont élevés dans les provinces des Prairies. En règle générale, les éleveurs nourrissent leurs bovins de plantes fourragères (graminées, légumineuses et autres fourrages grossiers) dans des pâturages (également appelés « parcours ») pendant les neuf à onze premiers mois de la vie des veaux. Compte tenu de la variabilité des communautés végétales des parcours, des conditions météorologiques incontrôlables et de l’incidence des bovins sur l’environnement, les nutritionnistes spécialisés dans les ruminants ont beaucoup à étudier sur cette phase de l’alimentation des bovins.
Pour prendre un bon départ : les cultures fourragères des parcours sont essentielles
Il est tout à fait logique que bon nombre des spécialistes des cultures fourragères et de la production bovine d’AAC travaillent à Swift Current, en Saskatchewan. Comme les Prairies canadiennes connaissent certaines des conditions les plus sèches au pays, cette région est le cœur des prairies semi-arides, ce qui offre aux troupeaux de bovins de boucherie des conditions physiques qui ne peuvent pas être reproduites ailleurs au Canada. Ici, une équipe intégrée composée de sélectionneurs de cultures fourragères, de nutritionnistes spécialisés dans les ruminants, d’experts en pâturage, de pédologues et de spécialistes de l’agrométéorologie travaillent ensemble pour mieux comprendre l’incidence des bovins sur le paysage.
Aklilu Alemu (Ph. D.), nutritionniste spécialisé dans les ruminants, s’attache à améliorer l’efficacité de la production animale tout en réduisant au minimum son incidence sur l’environnement.
« Nous avons plusieurs projets qui portent sur le pâturage de différentes combinaisons d’espèces fourragères annuelles et pérennes, l’alimentation d’hiver et la supplémentation là où l’élevage de bovins prédomine. L’objectif global est d’améliorer l’efficacité nutritionnelle des animaux afin d’améliorer la viabilité économique et environnementale de la production bovine canadienne dans son ensemble. »
- Aklilu Alemu (Ph. D.), chercheur scientifique
Combinaison de différentes espèces
Les pâturages des Prairies sont généralement constitués d’un mélange d’espèces introduites (comme la luzerne et les graminées) et d’espèces indigènes, comme différentes espèces d’herbe et la dalée violette. Tout comme l’alimentation humaine, l’alimentation animale varie sur le plan de la valeur nutritive. M. Alemu étudie les avantages pour l’environnement et la santé de certaines plantes fourragères, notamment la chicorée (Cichorium intybus L.), le sainfoin (Onobrychis viciifolia Scop.) et la dalée violette (Dalea purpurea Vent.), ainsi que les moyens de mieux intégrer celles-ci aux espèces fourragères existantes. Par exemple, la teneur élevée en tanins de la dalée violette peut contribuer à réduire les émissions de méthane entérique chez les bovins, tandis que les métabolites secondaires de la chicorée peuvent aider à améliorer la santé des animaux.
La polyculture (culture de mélanges de plusieurs espèces de plantes fourragères annuelles) devient une pratique courante chez les éleveurs de bovins canadiens. Ces polycultures peuvent être utilisées soit pour le pâturage d’été, soit pour le pâturage en andains à l’automne. L’objectif est d’accroître la diversité, la productivité et la qualité du fourrage tout en améliorant les conditions du sol et la productivité animale. Certains aspects de cette recherche ont été élaborés avec des producteurs locaux et sont mis en œuvre dans des exploitations agricoles dans le cadre du Laboratoire vivant — Centre des Prairies, dont M. Alemu est le coresponsable scientifique pour AAC. Le projet Laboratoire vivant — Centre des Prairies est financé dans le cadre du programme Solutions agricoles pour le climat — Laboratoires vivants d’AAC. Ce programme réunit des agriculteurs, des scientifiques et d’autres collaborateurs pour créer conjointement et mettre à l’essai des pratiques et des technologies novatrices dans des exploitations agricoles en activité.
Il s’agit d’une pratique de gestion relativement nouvelle, et M. Alemu et ses collaborateurs espèrent combler les lacunes dans ce domaine de recherche. Une approche systémique a été mise en œuvre pour évaluer les répercussions des mélanges de plantes fourragères annuelles contenant de 2 à 8 espèces différentes sur le rendement et la qualité du fourrage, la productivité animale, les caractéristiques du sol, les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les coûts de production.
Le défi de l’alimentation d’hiver
Dans les régions où les températures descendent régulièrement en dessous de -20 °C, les éleveurs de bovins doivent augmenter les rations alimentaires de leurs animaux, car ceux-ci brûlent davantage d’énergie pour se réchauffer.
Mais comme cela a un coût, les producteurs doivent peser le pour et le contre entre garder plus longtemps leurs veaux sevrés (et dans des conditions hivernales) et le gain supplémentaire que représente la vente de bovins plus lourds. M. Alemu et ses collègues évaluent actuellement la rentabilité et les bénéfices environnementaux de ce système afin de déterminer si le coût accru des aliments pour animaux et des infrastructures, comme la construction de nouveaux enclos, est compensé par des rendements plus élevés.
Autre défi hivernal : comme les plantes fourragères sont en dormance et recouvertes de neige, l’alimentation d’hiver repose principalement sur des fourrages coupés et conservés tels que le foin. Cependant, la qualité nutritionnelle du foin est inférieure à celle des plantes fourragères fraîches. M. Alemu s’intéresse au rôle des suppléments, en particulier ceux qui sont facilement accessibles dans les Prairies, comme les sous-produits de la production d’éthanol ou d’aliments.
Un exemple est le tourteau de canola, un sous-produit riche en protéines d’une autre production agricole bien connue des Prairies : l’huile de canola. Dans le cadre d’un essai d’alimentation en cours, l’équipe étudie comment l’ajout de granulés de tourteau de canola relativement peu coûteux peut améliorer l’utilisation des aliments et la productivité animale. D’autres essais sont actuellement menés dans 2 ranchs dans le cadre du Laboratoire vivant — Centre des Prairies, où M. Alemu travaille directement avec les éleveurs afin de tester et d’améliorer continuellement cette pratique. Selon les résultats préliminaires, l’ajout de granulés de tourteau de canola à une alimentation riche en plantes fourragères, à raison d’une fois par semaine seulement, a permis de maintenir la productivité animale sans incidence sur les émissions de méthane entérique.
Cette percée représente des économies importantes pour les éleveurs sans compromettre la santé du troupeau ni les objectifs environnementaux. Compte tenu de l’expansion de la transformation du canola en Saskatchewan, ce projet de recherche offre un moyen pratique d’améliorer l’efficacité des aliments pour animaux tout en réduisant l’impact environnemental des bovins. Les travaux de M. Alemu ouvrent la voie à une alimentation du bétail et à une production animale plus durables et plus rentables, qui profitera à la fois aux producteurs et à la planète.
Le financement de ces projets est rendu possible grâce au gouvernement du Canada et au gouvernement de la Saskatchewan par l’intermédiaire du Partenariat canadien pour une agriculture durable (Fonds de développement de l’agriculture), au Conseil de recherche sur les bovins de boucherie, à la Saskatchewan Cattle Association, aux Producteurs de bœuf de l’Alberta et à la Southwest Saskatchewan Forage Association Ltd.
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Renseignements connexes
- Aklilu Alemu (Ph. D.)
- Centre de recherche et de développement de Swift Current
- Laboratoire vivant — Centre des Prairies (en anglais seulement)
- Effect of annual forage diversity on soil nitrous oxide emissions in semiarid Canadian Prairies (en anglais seulement)
- À l’avantage des éleveurs de bovins et de l’environnement : la valeur des plantes fourragères indigènes
- Prairies canadiennes : Des découvertes génomiques pour des lendemains plus verts