La recherche aide les producteurs à garder une longueur d’avance sur le mildiou, dans un contexte de changements climatiques et d’apparition de nouveaux types de maladies

Pour plus d'information

Relations avec les médias
Agriculture et Agroalimentaire Canada
1-866-345-7972
aafc.mediarelations-relationsmedias.aac@agr.gc.ca

Il y a une hausse des cas de mildiou dans le Centre et l'Ouest du Canada. La maladie fongique, qui cause des symptômes de moisissure dans les cultures de pommes de terre et de tomates, peut être dévastatrice lorsqu'elle n'est pas maîtrisée dans les champs. Toutefois, les producteurs ne doivent pas céder à la panique : les chercheurs scientifiques d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) à l'Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique aident à lutter contre le mildiou grâce à de nouvelles techniques d'identification des maladies, une meilleure préparation et la sensibilisation des jardiniers amateurs.

Résister à l'évolution des cibles de la maladie

Des données probantes tirées d'éclosions de mildiou dans le monde entier semblent indiquer que des changements dans la diversité génétique de l'agent pathogène (l'organisme responsable de la maladie) pourraient être à l'origine de ce phénomène. En effet, des génotypes nouveaux ou récemment introduits de l'agent pathogène pourraient avoir accru sa capacité à provoquer un niveau d'infection plus élevé ainsi que sa résistance aux fongicides couramment utilisés, et ces deux facteurs posent des problèmes pour la lutte contre la maladie.

« Au cours des dernières années, nous avons découvert de nouvelles souches de l'agent pathogène du mildiou qui touchent plus les tomates que les pommes de terre. La situation évolue. Nous avons donc adopté une approche coordonnée entre les chercheurs, les producteurs et les jardiniers amateurs pour garder une longueur d'avance. »

- Rick Peters, Ph. D., chercheur scientifique, Agriculture et Agroalimentaire Canada

La présence du mildiou a toujours dépendu dans une grande mesure de conditions météorologiques favorables. Il se développe dans des milieux frais et humides et est beaucoup moins présent lorsque le temps est chaud et sec. Avec les changements climatiques au Canada, de nouvelles régions sont touchées, comme la Colombie-Britannique, l'Ontario et le Québec, tandis que d'autres, comme le Canada atlantique, sont épargnées pour l'instant, ce qui explique pourquoi les producteurs de pommes de terre sont moins touchés.

Une fois que le mildiou est visible sur votre culture, il est trop tard pour bien le contrôler. La prévention est donc un élément clé d'un plan bien conçu de lutte contre les maladies. Une des façons de prévenir le mildiou consiste à établir des prévisions relatives aux maladies ainsi qu'à étudier les situations météorologiques passées et à venir. Ces données, qui concernent notamment les précipitations, la température et l'humidité, peuvent permettre aux producteurs d'être avertis que les conditions futures pourraient être propices au mildiou.

Dans diverses régions du Canada, le recours à l'aérobiologie des spores ou à des pièges à spores, grâce auxquels les producteurs peuvent surveiller la capture des spores du mildiou, peut aider à se préparer en vue d'une éventuelle éclosion. Un autre chercheur scientifique d'AAC à l'Île-du-Prince-Édouard, Bourlaye Fofana, a récemment découvert que la pulvérisation de sélénium, un micronutriment ou minéral, sur les plants de pommes de terre peut aussi aider à prévenir le mildiou.

De nouveaux génotypes du mildiou font leur apparition dans l'Ouest canadien

Pour prévenir ou atténuer les éclosions futures, il faut d'abord savoir à quoi on a affaire. C'est ce qui a conduit Rishi Burlakoti, chercheur scientifique du Centre de recherche et de développement d'Agassiz, à entreprendre une étude sur la diversité génétique de Phytophthora infestans (P. infestans), l'agent causal du mildiou.

Pendant les trois années de l'étude (2019-2021), avec l'aide de M. Peters, M. Burlakoti et son équipe ont prélevé des échantillons de tomates et de pommes de terre infectées par le mildiou dans des champs commerciaux, des petites exploitations agricoles, des parcelles de recherche et des jardins communautaires dans différentes régions de la Colombie-Britannique et de l'Est du Canada. Les échantillons ont été ramenés au laboratoire de M. Burlakoti pour l'identification de souches de P. infestans grâce au génotypage à séquence simple répétée (SSR, marqueur génétique), une technique qui aide à déterminer les différences dans la composition génétique des populations d'agents pathogènes. Il a découvert la première occurrence du génotype US17 au Canada et 25 nouveaux génotypes, maintenant connus sous le nom de CAC1-CAC25. Les génotypes existants US8 et US11 ont également été détectés, le génotype US11 représentant environ 60 % de la population totale en Colombie-Britannique. Le génotype US23 est le seul qui a été détecté parmi les souches prélevées dans l'Est du Canada.

Bien que bon nombre des génotypes nouvellement découverts proviennent d'échantillons de tomates trouvés dans des jardins communautaires, une population diversifiée de P. infestans a été observée sur tous les sites, ce qui souligne la nécessité pour les producteurs amateurs et commerciaux de se protéger contre le mildiou.

Plus important encore, 95 % des souches de P. infestans ont montré une résistance au métalaxyl-M, un ingrédient utilisé couramment dans les fongicides pour lutter contre le mildiou de la pomme de terre et de la tomate au Canada. Selon ces constatations, il faut poursuivre les recherches afin de trouver de nouveaux groupes de fongicides pour lutter contre cette maladie dévastatrice.

« La biovigilance de la dynamique des populations de l'agent pathogène du mildiou peut aider à atténuer les futurs obstacles que cette maladie dévastatrice pourrait causer pour la pomme de terre et la tomate. »

- Rishi Burlakoti, Ph. D., chercheur scientifique, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Des voisins qui s'entraident

Il y a plusieurs années, Rick Peters a entrepris de sensibiliser les jardiniers amateurs du Canada atlantique à la manière dont ils peuvent aider à lutter contre le mildiou.

« Le mildiou peut se propager à des champs de producteurs à partir d'un jardin privé situé à proximité, grâce à des spores qui se déplacent dans le vent ou qui sont projetées sur les plants par l'eau de pluie. Les jardiniers peuvent apporter leur contribution en plantant des semences ou des plants de tomates résistantes au mildiou qui proviennent de centres de semences et de jardinage locaux. »

- Rick Peters, Ph. D., chercheur scientifique, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Cette campagne et les récents étés chauds et secs dans le Canada atlantique ont permis de réduire considérablement le nombre de cas de mildiou. Il n'y a plus qu'une poignée de cas connus.

« Aujourd'hui, compte tenu de la dynamique du mildiou, les jardiniers amateurs peuvent jouer un rôle considérable auquel nous n'aurions jamais pensé auparavant. Il faut mieux renseigner les gens à ce sujet, en particulier dans certaines provinces où Rishi Burlakoti a découvert de nouveaux génotypes. »

Rick Peters espère que les jardiniers amateurs d'autres provinces suivront ce mouvement. M. Burlakoti et lui collaborent avec divers groupes de producteurs de l'Ontario et du Québec pour concrétiser ce projet.

Principales découvertes et avantages importants

  • L'évolution des conditions météorologiques au Canada au cours des 20 dernières années a provoqué l'apparition du mildiou dans le Centre et l'Ouest du Canada, tandis que l'Est du pays a été en grande partie épargné par la maladie. De plus, la maladie touche maintenant davantage les tomates que les pommes de terre.
  • Des génotypes nouveaux ou récemment introduits du mildiou qui ont été découverts par les scientifiques d'AAC peuvent accroître la capacité de la maladie à provoquer un niveau d'infection plus élevé ainsi que sa résistance aux fongicides couramment utilisés, et ces deux facteurs posent des problèmes pour la lutte contre la maladie.
  • Des outils de lutte comme les prévisions météorologiques, la capture des spores et le sélénium peuvent aider les producteurs à empêcher l'apparition du mildiou dans leurs cultures.
  • Les scientifiques d'AAC estiment que les jardiniers amateurs peuvent aider à soutenir les producteurs locaux en plantant dans leur jardin des variétés de tomates résistantes au mildiou.

Galerie de photos

Homme souriant dans un champ rempli de plants de pommes de terre

Depuis plus de 25 ans, Rick Peters étudie le mildiou chez les pommes de terre et les tomates.

Homme se tenant devant une grande bannière du Centre de recherche et de développement d’Agassiz

Rishi Burlakoti a récemment découvert plusieurs nouveaux génotypes du mildiou touchant les cultures de tomates et de pommes de terre au Canada.

Tomate pas mûre couverte de taches brunes montrant une infection par le mildiou

La dynamique de la maladie a évolué au cours des dernières années, et les tomates sont maintenant plus touchées par le mildiou que les pommes de terre.

Feuilles de plants de tomates dans un champ présentant des signes d’infection par la maladie

Tomates cultivées en champ gravement touchées par le mildiou.

Feuilles de plants de pommes de terre dans un champ présentant des signes d’infection par la maladie

Pommes de terre cultivées en champ gravement touchées par le mildiou.

Renseignements connexes