Jessica Hsiung, illustratrice scientifique à AAC, tenant une illustration du scarabée Neomida bicornis.
Les gens ont tendance à penser que la science et l’art sont deux choses complètement opposées, la « science » représentant le monde des faits et des chiffres, et l’« art » représentant le monde de la fiction, de la beauté visuelle et de l’imagination.
La vérité, c’est que la science et l’art ont toujours été étroitement liés. Depuis Charles Darwin qui utilisait des illustrations d’animaux dans le cadre de sa théorie de la sélection naturelle, jusqu’aux illustrations magistrales de Léonard de Vinci en anatomie et en ingénierie, le monde de la science et le monde de l’art ont toujours été profondément influencés l’un par l’autre.
C’est à la rencontre de ces deux mondes que se situe une profession unique et fascinante : l’illustration scientifique. C’est une matière qui a toujours captivé Jessica Hsiung, qui occupe ce poste à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) depuis 2017. En tant que seule illustratrice scientifique du Ministère, Jessica a bâti un portefeuille artistique impressionnant en appui à la Direction générale des sciences et de la technologie.
Après avoir étudié la biologie et les beaux-arts au premier cycle, Jessica a obtenu un certificat d’études supérieures en illustration scientifique de l’Université d’État de Californie à Monterey Bay, suivi d’une maîtrise en art médical de l’Université de Dundee. Elle a ensuite suivi des stages au Musée royal de l’Ontario et dans le département d’entomologie du prestigieux Smithsonian Museum of Natural History à Washington, DC, et occupé un poste au Centre universitaire de santé McGill.
Jessica « reconstruit » un spécimen qu’elle entend illustrer.
Au fil des ans, Jessica a eu l’occasion d’apprendre de certaines des personnes les plus douées de sa profession. Elle a notamment reçu un appui solide et des encouragements de son mentor, Ed Bell, donné des cours en tant que conférencier invité à l’Université d’État de Californie à Monterey Bay, créé des animations 3D sur les sciences planétaires pour les documentaires NOVA du Public Broadcasting Service (PBS) américain et contribué en tant que directeur artistique pour le magazine Scientific American.
Aujourd’hui, les illustrations de Jessica servent principalement à appuyer la Collection nationale canadienne d’insectes, d’arachnides et de nématodes d’AAC. On peut les voir dans des documents de recherche décrivant de nouvelles espèces ou comparant des espèces existantes, ainsi que sur les couvertures et dans les figures de livres et de revues. De plus, Jessica illustre des diagrammes et des cartes pour les guides et est une experte dans la prise et l’édition de photos de spécimens.
Le but de l’illustration scientifique est de communiquer des concepts scientifiques à l’aide de moyens visuels, en accordant la priorité à l’exactitude et à la précision. Cela soulève la question suivante : si l’exactitude est importante, pourquoi ne pas simplement utiliser des photographies numériques à haute résolution?
Réponse : L’illustrateur est souvent appelé à mettre l’accent sur un certain aspect du sujet afin d’illustrer une découverte scientifique que le chercheur tente de communiquer au lecteur. En utilisant des méthodes comme l’ombrage, le contraste, la taille ou la perspective, un illustrateur peut extraire ces éléments importants pour les rendre plus évidents pour le lecteur. L’illustrateur scientifique se doit d’avoir une compréhension nuancée de son sujet, et c’est là un élément clé de cet art : l’illustrateur est à la fois un enseignant et un artiste.
Illustration par Jessica des stades de maturité d’un plant de Capsella bursa-pastoris.
Pour un projet d’entomologie, Jessica reçoit habituellement un spécimen (épinglé ou préservé dans de l’alcool ou une lame) ou une photo qui, dans sa forme originale, ne convient pas pour les gros plans. « Les spécimens sont parfois endommagés ou ne sont pas présentés de façon optimale, avec les pattes repliées et cachées par d’autres structures, par exemple, explique Jessica. C’est mon travail de les "reconstruire" visuellement, de créer le spécimen "parfait", dans le point de vue idéal, qui met en évidence ce qu’on souhaite montrer dans la publication. »
Les spécimens de plantes sont habituellement vivants et en pot, et Jessica est chargée de dessiner la plante entière ainsi que les parties individuelles (fleurs, rosette, graines, gousses, etc.). Étant donné que la plante est vivante et qu’elle change chaque jour, Jessica doit travailler rapidement et prendre souvent des photos pour l’aider dans les dernières étapes du projet. Son objectif est de conserver les éléments importants tout en veillant à ce que toutes les structures soient claires et précises, et à ce que le tout soit bien disposé, de manière esthétique. Jessica poursuit une fière tradition d’illustration scientifique à AAC, qui a commencé avec Faith Fyles, la première artiste botanique du Ministère.
Faith Fyles : La premìère artiste botanique d’AAC
D’abord embauchée comme analyste adjointe des semences, Faith a ensuite été transférée à la Ferme expérimentale centrale à titre de botaniste adjointe en 1911. En 1914, Faith a entrepris une tournée dans l’Ouest canadien pour recueillir et cataloguer des spécimens de plantes, qu’elle a utilisé pour créer son guide phare sur les principales plantes toxiques du Canada (en anglais seulement). Rempli d’exquises aquarelles de Faith représentant des plantes indigènes, ce guide a fourni des renseignements précieux aux agriculteurs et aux naturalistes. En 1920, Faith est devenue officiellement la première artiste botanique du Ministère.
Malgré le temps qui sépare les deux artistes, Jessica ressent toujours un lien avec sa prédécesseure. « J’aime regarder son travail et voir ses choix artistiques fondés sur la science, comme l’endroit où elle a choisi d’ajouter des détails pour mettre l’accent sur les caractéristiques uniques de la plante, explique Jessica. J’ai l’impression que même 100 ans plus tard, ce sont des choses auxquelles je pense également dans mon processus d’illustration d’un spécimen, alors c’est encore très pertinent pour moi aujourd’hui. »
Bien qu’elle reconnaisse qu’il s’agit d’un domaine très spécialisé, Jessica n’hésite pas à le recommander à tout étudiant doté de talents artistiques et d’un sens aigu du détail. « C’est une carrière enrichissante parce que vous contribuez au monde de la science, en aidant à faire avancer la recherche et en aidant différents publics à absorber des connaissances complexes. »
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