Mission émissions : Karen Beauchemin et ses travaux révolutionnaires pour la réduction du méthane

Personne ne rêve d’une carrière passée à étudier les rots des vaches… Mais quand vous vous appelez Karen Beauchemin, chercheuse au Centre de recherche et de développement de Lethbridge d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), vous savez qu’il faut voir plus loin que le bout de son nez et que les éructations bovines méritent qu’on s’y intéresse. C’est un point de vue scientifique unique et une insatiable curiosité qui l’ont amenée à devenir l’une des principales expertes mondiales en émissions de méthane du bétail. Sa carrière de 30 ans à faire avancer la science de la production animale pour aider l’environnement a toutefois connu quelques tournants imprévus. En réalité, Karen n’a pris conscience de sa réelle vocation qu’une fois à AAC.

Karen Beauchemin sur un sentier avec les montagnes Rocheuses en arrière-plan
Karen Beauchemin (Ph. D.) sur un sentier avec les montagnes Rocheuses en arrière-plan.

La vie est curieuse

Née à Montréal et élevée dans les Maritimes, Karen s’est intéressée toute jeune à la nutrition. Ses aptitudes pour les sciences ont attisé sa grande curiosité, en particulier pour tout ce qui concerne l’alimentation : « Je me suis toujours intéressée à la production alimentaire et à ce qui rend les aliments nutritifs. »

N’ayant pas grandi à la ferme, Karen n’a pas spontanément envisagé une carrière en agriculture. Mais une expérience de travail acquise dans des exploitations et dans l’industrie des aliments pour animaux, ainsi qu’une formation axée sur la nutrition et l’agriculture, notamment un doctorat de l’Université de Guelph lui ont donné les connaissances de base et la confiance nécessaires pour poursuivre une carrière en nutrition des animaux.

Lorsqu’elle s’est jointe à AAC à titre de chercheuse au Centre de recherche de Lethbridge, en Alberta, ce fut l’occasion de poursuivre sa passion de l’agriculture. Elle a passé de nombreuses années à étudier la nutrition des bovins laitiers et de boucherie afin d’améliorer la qualité de la viande et du lait pour les consommateurs. Mais au fur et à mesure que sa carrière avançait, elle a commencé à se poser des questions sur les répercussions plus larges de l’exploitation agricole sur l’environnement.

« La nutrition des animaux était ma spécialité », se rappelle-t-elle. « Mais après quelques années, j’ai commencé à réfléchir aux effets de l’élevage de bétail sur l’environnement. » C’est ainsi qu’elle s’est mise à observer le bétail et ses rots sous un nouvel angle.

Karen Beauchemin dans son laboratoire
Karen Beauchemin (Ph. D.) dans son laboratoire.

La question du méthane

Les gaz à effet de serre issus des exploitations agricoles avaient reçu peu d’attention. Les carburants fossiles sont la principale source de ces gaz, mais Karen savait qu’un domaine, celui des émissions de méthane entérique issues du bétail, était négligé.

Actuellement, les émissions de méthane entériques issues du bétail représentent 3,3 % des gaz à effet de serre du Canada. C’est un pourcentage relativement petit par rapport à la contribution de 80 % du dioxyde de carbone issu de la combustion des carburants fossiles, mais, comme le fait remarquer Karen, « chaque petit geste compte lorsqu’il s’agit de réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

Sortie de méthane entérique

Le méthane est un puissant gaz à effet de serre qui est produit par les animaux d’élevage tels que les vaches, les moutons et les chèvres. Ces animaux ruminants, ou consommateurs ongulés de végétaux ont un estomac à plusieurs compartiments qui produit du méthane entérique, ou intestinal au cours du processus de digestion. Lorsque l’animal consomme des aliments fibreux, des microbes digèrent les matières dans son estomac antérieur (aussi appelé rumen). Le méthane entérique est un sous-produit de cette digestion; il est relâché dans l’atmosphère par la respiration, principalement par l’éructation.

Karen et son équipe se sont donc mises au travail. L’équipe a mis au point des salles à ambiance contrôlée conçues pour la mesure des émissions de méthane des bovins et des moutons auxquels on administre un assortiment d’aliments. En modifiant la ration des animaux, l’équipe a pu constater la façon dont les aliments influent sur la production de méthane. Elle a ensuite élaboré différentes rations visant à réduire les émissions de méthane. Grâce à cette recherche innovante, Karen a acquis une reconnaissance internationale. Elle a depuis agi à titre d’experte de l’élevage de bétail dans les médias et a même partagé les résultats de ses recherches au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Karen a cependant réalisé que lorsque ces résultats étaient communiqués à un plus vaste public, ce dernier pouvait y perdre son latin.

Un futur axé sur l’efficience

Les répercussions de l’élevage du bétail sur les émissions de gaz à effet de serre et les émissions potentielles de méthane sont compliquées, nous explique Karen.

Il est facile de se noyer dans la complexité du problème, surtout lorsqu’on cherche à déterminer les régimes humains les plus favorables pour la planète. Les gaz à effet de serre ne représentent qu’une partie de l’évaluation de la durabilité environnementale. Par exemple, bien que le bétail produise du méthane, il constitue également une source de protéines de qualité pour la consommation humaine, et il se nourrit lui-même de graminées et de sous-produits de l’industrie alimentaire qui seraient autrement inutilisés. En outre, les exploitations bovines et laitières fournissent d’autres avantages écologiques, par exemple la conservation de la biodiversité, l’amélioration du stockage de carbone dans le sol, l’amélioration de la santé des sols, l’amélioration de la qualité de l’eau, et un habitat pour la faune sauvage.

La production alimentaire est un sujet épineux, et les chercheurs tels que Karen s’emploient à fournir des données scientifiques valides pour orienter nos choix alimentaires. Chaque bouchée a un effet sur l’environnement, et Karen veut aider les Canadiens à choisir judicieusement leurs aliments.

Alors que sa retraite prévue en 2022 approche, Karen entrevoit un avenir prometteur pour l’élevage du bétail au Canada. « Nous verrons grandir les considérations environnementales, et l’élevage de bétail sera de plus en plus efficient et durable », prédit-elle.

Les nouvelles technologies et l’amélioration des méthodes de gestion continueront à accroître l’efficience de la production de viande et de lait, tout en réduisant les répercussions environnementales. Cela inclut les travaux de Karen et de son équipe pour réduire les émissions de méthane en améliorant la diète des animaux. Ces travaux ont déjà permis une réduction de 30 % des émissions de méthane grâce à une modification de la diète. Les chercheurs étudient de nombreuses solutions innovantes pour limiter les émissions; on envisage même de donner des algues au bétail!

Une chose est sûre : il n’existe pas de solution unique et miraculeuse pour réduire les émissions de méthane issues de l’élevage de bétail. Il faut un effort conjoint, la participation des éleveurs et des chercheurs. Mais Karen reste optimiste. « Chaque jour, nous en apprenons un peu plus », dit-elle. « Chaque jour, nous participons à l’amélioration. »

Pour en savoir plus sur les travaux de Karen, vous pouvez écouter ses entrevues dans le balado Cows on the Planet (en anglais seulement) ou dans la série Champs scientifiques d’AAC.

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